Image provocatrice et modifiée de la communication d’une AOP fromagère locale célèbre, « green washing » tendance à l’instar d’Engie ou Total, il est de bon ton d’être « vert » aujourd’hui !…Terre d’abord d’élevage (82 % des exploitations), majoritairement bovin, notre territoire concerne surtout 7 communes en AOP fromagère pour 74 opérateurs. Le bassin de la Couze Pavin est l’un des territoires de production de ce fromage international. Nos exploitants sont-ils aussi « verts » qu’ils l’affichent ? Peut-être…

Après avoir traité de l’action directe des collectivités, nous traitons dans cette seconde partie l’action de l’un des acteurs centraux du contrat de territoire : le monde agricole.

Un petit rappel de contexte s’impose !

Selon le dernier rapport Européen*, paru le 03/02/2017, seules, en France, « 44 % des masses  d’eau de surface  naturelle atteignent  un  état  écologique  «bon»  ou  «très  bon» », et ce pour un objectif initial 2015, de fait reporté à 2021, de 53% comme toutes les eaux Européennes… on est donc loin et en retard de l’objectif fixé, reporté à 2021 par la force des choses.

Ce même document, sans concession sur l’action publique nationale annonce que « la pollution diffuse provenant de l’agriculture constitue la  pression  significative  la  plus  répandue  sur  les  masses d’eau  (affectant  39%  des  masses  d’eau  au  niveau national, beaucoup plus dans certains districts hydrographiques),  entraînant  une  eutrophisation et des coûts accrus pour le traitement de l’eau. ».

Malgré une nette amélioration de certains indicateurs ces dernières années…La Couze Pavin reste à la limite des objectifs de la DCE.

Plus localement la dernière étude sur la qualité des eaux du bassin de la Couze Pavin relevait en conclusion sur son bilan 2015  que « La Couze Pavin respecte difficilement les objectifs de qualité de la DCE. Les analyses montrent que le problème le plus récurrent est l’apport en nutriments et particulièrement les matières phosphorées et ponctuellement les matières azotées », tout en relevant  que « L’activité pastorale importante présente sur le bassin versant implique une vigilance particulière quant aux différentes atteintes liées à ces activités. Bien que la majorité des données physicochimiques montre une bonne qualité des eaux, les apports excessifs en nutriments issus des rejets d’assainissement sont difficiles à différencier de ceux issus de l’activité agricole. L’objectif du SIAV de réduire les volumes d’effluents fromagers et d’optimiser la gestion des eaux blanches et du lactosérum afin de limiter les apports diffus et ponctuels peut contribuer directement à améliorer et à conserver une bonne qualité physicochimique. »

Ce même bilan reconnait par ailleurs que « Les données concernant le peuplement de macroinvertébrés entre 2004 et 2015 montrent une nette amélioration de la qualité des eaux de la Couze Pavin. En effet, la classe de qualité générale est passée de « moyen/bon » en 2004 à « bon/très bon » en 2015. La dégradation de la qualité observée en 2004 en aval de la station d’épuration de Besse et Saint Anastaise suivie en 2007 par la rénovation de la station d’épuration a dû clairement participer à améliorer la qualité biologique du milieu récepteur. De même, les différentes mises en conformité des systèmes d’assainissement situés plus en aval permettent désormais de répondre aux exigences de la DCE sur ce paramètre. Les données de la station RCS depuis 2006 tendent vers une stabilisation vers la qualité « bon/très bon »…Oui, nous confirmons la majorité des communes ont joué le jeu, nous l’avons dit, même si des efforts sont encore nécessaires !

Nous le voyons la Couze Pavin respecte difficilement les objectifs de la DCE. Si les collectivités sont dans une dynamique positive depuis quelques années par l’amélioration des collectes et de traitement des eaux usées, il est aussi à noter que l’interdiction progressive des phosphates dans les détergents domestiques nous conduit logiquement vers d’autres responsables!

Des cosignataires en recherche de motivation !

Pour le volet agricole du contrat piloté par la chambre d’agriculture du 63, nous sommes effectivement très inquiets !

31 Mai 2016 : information sur la gestion des effluents…4 agriculteurs présents sur plus de 220 invitations !

Nous disons « Oui » aux accompagnements, « Oui » à la sensibilisation à des pratiques durables, « Oui » au PAEC (Projet Agro-Environnemental Climatique)…Mais où sont nos agriculteurs ! Près de 230 exploitations (dont une douzaine en Bio) tout de même sur la vallée pour près de 13 000 bovins ! Alors lorsque les 6 réunions de sensibilisation par an financés, rassemblent  moins de deux dizaines de « volontaires », de plusieurs bassins versants, au mieux, et le plus souvent 2, 3 voir 4 de notre vallée, nous sommes surpris à la présentation des bilans !

Autre chiffre 19% des agriculteurs ont assisté aux réunions d’information de l’action du contrat et de ses orientations sur les diagnostics individuels de leurs exploitations. Des chiffres bien « maigres » compte tenu des enjeux et de la gratuité effective de ce bilan !

Ainsi les 140 000 € budgétés pour la restauration de la qualité de l’eau au travers de ces 50 diagnostics individuels d’exploitation pour « les volontaires » est un véritable levier à saisir ! Au final 7 bilans faits en 2015, devenus 10 sur le bilan 2016, et potentiellement 15 de mieux « en émergence » pour 2016…il ne reste que 2017 pour arriver à la cible ! Cela ne se bouscule pas au portillon malgré la gratuité de l’accompagnement, qui de plus n’engage à rien !

Pire encore le PAEC (Projet Agro-Environnemental Climatique), complément du contrat de territoire, dont l’objet est de proposer aux agriculteurs la contractualisation de mesures  en vue d’un maintien ou d’un changement de pratiques est désormais en action. Le but : réduire l’apport d’intrant dans les sols. Encore Oui, bien sûr ! Nous sommes d’accord ! Ce plan de gestion quinquennal, acte concret pour le changement ou le maintien vers des pratiques durables, prévoit tout de même plus d’1 million d’€ supplémentaires d’investissement au service des « bonnes pratiques » paysannes.

Comment réduire les intrants ? Par le financement de « l’absence total de fertilisation minérale et organique sur prairies et l’ajustement de la pression de pâturage sur certaines période », « le maintien de la richesse floristique d’une prairie permanente », ou bien encore la « mise en place de lutte biologique »… et aussi par 90 jours/an d’animation pour la chambre d’agriculture et son salarié !

Par ailleurs, « bizarrerie »remarquable,  ce plan public qui vise 58 exploitations agricoles en 2017,  prévoie le financement d’un poste d’un animateur de la Ligue de Protection des Oiseaux.

La LPO « présente » dans ce PAEC donc, et ce au prétexte d’une Zone de Protection Spéciale concernant la conservation des oiseaux sauvages (Natura 2000). Surprenant, le choix de la Ligue de Protection des Oiseaux comme animateur du monde paysan de l’Artense et du Cezallier…

Contrat de territoire, PAEC, PAC, FEADER…L’argent investi va-t-il produire des résultats ?

A ce compte-là, pourquoi alors ne finançons-nous pas les interventions des salariés techniciens des « Pêcheurs » présents « gratuitement » à chaque Comité de Pilotage, et sollicités régulièrement pour leurs connaissances, leurs réseaux, leurs archives, leurs études. Les pêcheurs, même sollicités, pour leurs finances en accompagnement de mesures du contrat, …et ce au titre par exemple, des « réservoirs biologiques piscicoles » classés de la Couze Pavin. De quoi satisfaire les 2000 membres pêcheurs et électeurs de la vallée ! Nous nous égarons…

En fait, il semble qu’à 500 € l’intervention jour du technicien LPO, comme celui de la Chambre d’Agriculture d’ailleurs, soit au total, 5000 € de budget « animation » pour la LPO en 2017, et plus de 45 000 € pour la CDA63, Le PAEC stimule tout autant les appétits des bovins que ceux des vautours, mais pas des poissons !

Plaisanterie mise à part ! Le financement de postes d’animation ne serait pas dérangeant si les résultats étaient déjà connus : 58 exploitants « à rencontrer » donc par le PAEC en 2017 ! Bien ! Et combien de « contractualiser » sur les 31 vus en 2016 ? Nous ne savons pas à cette heure : Réponse courant mai, pour les premiers contrats éventuels…encore une inquiétude !

Des pratiques révélées au grand jour …

Épandage des effluents…il nous faut mieux maitriser ses apports de nutriments !

De quoi s’interroger donc sur le volet agricole, d’autant plus qu’un autre échantillonnage dédié aux pratiques de nos exploitants locaux réalisés sur 24 sites et concernant  la gestion des effluents, révèle que :

  • 63% des effluents produits sont liquides,
  • 46% des exploitations ne sont pas aux normes
  • 71% des exploitants réalisent des épandages en période hivernale,
  • l’on constate un excès en azote sur les prairies peu productives et un déficit sur prairies plus « intensives »,
  • En moyenne le stockage des effluents peut se faire de 3,2 à 3,8 mois,
  • l’autonomie fourragère est atteinte dans la majorité des cas.

Le remède proposé…une plaquette d’information en 2017 !

Alors que depuis plus de 50 ans l’apport de nutriments, surtout phosphorés, et azotés ponctuellement, aussi d’origine agricole, est le tout premier facteur de dégradation de la masse d’eau « Couze Pavin » ! Nous sommes là dans l’expectative !

Une agriculture locale qui se cherche…

Le problème principal ne serait-il pas dans le déni de principe : une posture d’un lobby industriel puissant, loin de sa base sociétale, capable d’influer par delà la volonté locale, qui a pourtant exclu le syndicat majoritaire de la profession (le gardien de l’industrie agroalimentaire française !) de la tête de la chambre d’agriculture du 63 ! Compte tenu des premiers bilans, nous nourrissons effectivement des doutes sur une réelle adhésion majoritaire de nos exploitants au projet du PAEC, alors qu’une étude Ifop, rendue publique le 14 mars dernier révèle que plus de « 90% des personnes interrogées jugent « tout à fait » (49%) ou « assez » (41%) prioritaire une « réforme » du modèle agricole qui passerait par une « transition agricole et alimentaire », c’est-à-dire « la mise en place et le développement d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement, produisant des aliments locaux, plus sains et sûrs ». Par ailleurs cette même étude révèle « que 82% des Français (42% tout-à-fait et 40% plutôt) se disent favorables à une « réorientation des subventions vers une agriculture biologique et paysanne »…Appel du pied politique d’autant plus marqué que deux tiers de nos compatriotes seraient disposés à payer plus cher leurs produits alimentaires (64%), là aussi selon une autre étude Ifop !

Pour sûr ! avec plus d’1,2 milliards d’€ du FEADER sur la période 2014 -2020 : De quoi changer les pratiques…pour ceux qui veulent !

Les Français plébiscitent donc une nouvelle orientation, nos politiques suivent « lentement » en tentant de concilier les aspirations des uns avec les difficultés des autres.

Aussi avec plus de 4,8 millions d’€ d’aides financières de la PAC distribuées à nos exploitants locaux en 2014, soit plus de 26 500 € en moyenne pour les 181 bénéficiaires recensés, associés aux 1,2 milliards d’€ sur la période 2015-2020, pour la seule Auvergne (2e région française la mieux dotée) au titre du FEADER (instrument financier de la politique de développement rural de l’Union Européenne mise en œuvre dans le cadre du second pilier de la Politique Agricole Commune), il semblerait « normal » que l’on obtienne aussi quelques résultats sur notre environnement.

A n’y rien comprendre donc ! Que faut-il de plus pour changer de modèle de production qui conduit inexorablement à détruire ce métier ? (diminution de plus de 40 % du nombre d’exploitations sur le bassin versant depuis 1988, 48% des chefs d’exploitation ont plus de 50 ans, etc. ). Nous achetons même, par solidarité, notre fromage à des producteurs de la vallée en toute connaissance de causes…notre paradoxe assumé ! l’espoir du « mieux vivre ensemble » peut-être !

Enfin nous terminerons cette revue du contrat sur une note positive au travers des actions portées par ces images de sensibilisation des milieux scolaires et ce malgré une communication digitalisée du Contrat toujours en construction. Le changement viendra peut-être de là…

Tenir le cap malgré tout…

En conclusion, vous l’aurez compris nous continuerons de soutenir tous les acteurs en charge du contrat de territoire, y compris nos agriculteurs, même si nous sommes désormais mesurés sur l’impact final de l’investissement consenti. Les points durs, tels le travail sur la qualité du milieu ne sont abordés actuellement que de manière trop superficielle pour obtenir un effet de levier puissant à la hauteur des enjeux ! C’est ainsi. Si nous saluons les mots, les intentions, et les investissements financiers disponibles, nous constatons déjà la fragilité des premiers résultats. Contexte multiple de gestion et de responsabilité, usagers agricoles « en crise » forcément difficiles à mobiliser, volonté affichée pas toujours partagée, aptitude fragile à la conduite du changement des organismes pilotes…les alertes sont nombreuses malgré la bonne volonté apparente des salariés en charge des animations respectives.

Représentants locaux de la société civile, nous regrettons simplement que l’individualisme galopant de notre société transpire par-delà nos volcans et touche nos territoires ruraux, notre culture de partage. Territoire où chacun s’il a le droit de s’épanouir dans son activité devrait surtout avoir le devoir de ne plus altérer notre avenir collectif. Nos élus en sont normalement les garants ! Ce bout d’Auvergne n’échapperait donc pas à la règle nationale. Nous espérons néanmoins que nos singularismes, notre volonté collective et locale nous permettront de grandir ensemble quitte à s’affranchir des instances nationales voir Européennes…le bon sens paysan d’Auvergne nous habite, nous en sommes surs ! Espérons qu’il prenne forme désormais dans les faits pour servir un résultat : une qualité de vie remarquable !

*http://ec.europa.eu/environment/eir/pdf/report_fr_fr.pdf

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