La Fédération Nationale de la Pêche en France a sollicité les 11 candidats à l’élection présidentielle au travers d’une interpellation écrite envoyée le 21/03/2017, et ce en précisant qu’elle diffuserait les réponses à son réseau associatif. Notre fédération Nationale nous ayant transmis les réponses, elle constatait au 21/04/2017 la réception de trois seules réponses : celles de Messieurs ASSELINEAU, FILLON et MACRON.

Le second tour étant en cours nous publions les seules réponses communiquées du candidat encore en lice.

Réponses d’Emmanuel Macron aux questions de la FNPF aux candidats aux élections présidentielles 2017.

 Question 1) Le monde associatif de la pêche de loisir soutient que les écosystèmes aquatiques ne sont pas en contradiction avec les impératifs de développement économique. Par ailleurs, nous refusons toute forme d’appropriation privative de l’eau, patrimoine commun, au travers notamment des retenues de substitution dès lors qu’elles sont en contradiction avec les exigences naturelles des cours d’eau. Selon nous, la priorité doit être donnée à une gestion économe et efficace de la ressource en eau. Elle doit également être plus collective et respectueuse de tous les impératifs en particulier des écosystèmes aquatiques et de leurs usages de loisir. Qu’en pensez-vous ?

Je partage votre opinion sur l’importance vitale de l’eau et des écosystèmes aquatiques qui ont trop longtemps été considérés comme des variables d’ajustement du développement économique. Nous ne pouvons plus avoir une vision de court terme sur les politiques de biodiversité aquatique comme d’ailleurs sur la biodiversité terrestre, car nous parlons d’un bien commun qu’il faut durablement préserver. J’ai conscience que les politiques agricoles ont eu un impact négatif considérable en raison de l’utilisation de nombreux pesticides en bordure des rivières, des assèchements de zones humides tampons, de l’irrigation et du développement des retenues de substitution. C’est l’enjeu de la politique agricole que j’entends conduire en respectant la ressource en eau et en assurant des mesures d’accompagnement pour que les agriculteurs acceptent les contraintes grâce à des compensations réelles. Parallèlement j’ai l’intention d’être très volontariste sur la réduction drastique de l’utilisation des pesticides dont certains ont des conséquences dramatiques pour la santé publique et pour la faune aquatique. Je souhaite aussi profiter de la réforme de la PAC pour que la biodiversité aquatique soit intégrée dans les critères de valorisation des espaces agricoles.

Question 2) L’ambition énergétique de la France et, avec elle, le développement de l’hydroélectricité ne peuvent se faire au détriment de la nécessaire protection de nos rivières. En France, plusieurs dizaines de milliers de petits ouvrages sont recensés, dont une infime minorité présente un réel avantage énergétique. Pour les pêcheurs, le taux d’équipement de nos rivières en ouvrages de toute nature en particulier hydroélectriques a atteint un seuil écologique, social et économique optimal. Partagez-vous ce point de vue ? Que ferez-vous pour faciliter la coexistence entre les ouvrages existants utiles et la nécessaire protection de notre patrimoine naturel que constituent nos rivières ?

Il reste encore de nombreuses possibilités d’équipements concernant la petite hydroélectricité. Je sais que de nombreux élus y sont favorables pour des raisons de retombées fiscales et sont prêts à s’engager dans cette voie. Toutefois je suis plus nuancé à la lecture de la rentabilité économique de potentiels nouveaux équipements et surtout de leur localisation qui conduira à une rupture encore plus forte de la continuité écologique de nos rivières.

Comme vous le dites, des dizaines de milliers de petits ouvrages existent déjà et ne représentent une part non négligeable de notre potentiel en énergie renouvelable. Dans l’optique de la transition énergétique que je porte, nous devons privilégier l’existant, réhabiliter et optimiser tout en prenant en compte l’impact réel sur les équilibres naturels.

Au-delà, je sais que beaucoup de nouveaux projets pourraient voir le jour dans des rivières avec des conséquences écologiques dramatiques. Ce n’est pas ce que je souhaite en référence à leur impact et la concertation sur ce point doit impérativement passer aussi par vous. Je m’y engage, car je crois au dialogue entre les partenaires sociaux pour faire raisonnablement avancer les choses sans dogmatisme. 

Question 3) Le financement de la politique de l’eau repose sur de nombreux principes dont le principe du pollueur payeur. Ce principe, malgré quelques ajustements, n’est toujours pas pleinement appliqué. Que comptez-vous faire pour que les redevances soient véritablement incitatives et respectueuses du principe pollueur-payeur ?

Je vous sais très attaché à ce principe du pollueur-payeur qui est avant tout un principe de bon sens. Comme vous je suis attaché au principe « pollueur – payeur » et je vais faire en sorte qu’il redevienne la règle applicable au quotidien. La récente création de l’Agence Française de la Biodiversité que je soutiens nous invite également à évoluer – en concertation – sur de nombreux points pour éviter les tensions inutiles.

Question 4) Par ailleurs, la pêche est la seule activité de loisir à être assujettie à une redevance. Les pêcheurs ne souhaitent pas remettre en cause ce principe. Toutefois, les pêcheurs attendent des pouvoirs publics l’ouverture d’une véritable réforme afin que la redevance acquittée par chaque pêcheur exerçant en eaux libres soit plus acceptable. Qu’en pensez-vous ?

Je connais votre revendication et j’ai toujours été étonné que vous soyez la seule activité de loisir aquatique à être soumis à une redevance. Je sais aussi que vous avez fait le choix de ne pas demander sa suppression ou son élargissement à toutes les autres activités de loisirs aquatiques qui sont pourtant nombreuses et souvent beaucoup plus impactant que vous sur le milieu. On vous taxe de façon injuste au prétexte que vous prélevez une partie de la ressource halieutique. Je pense raisonnablement que l’on doit baisser cette redevance ou à défaut vous affecter une partie de cette dernière pour que vous puissiez poursuivre votre activité indispensable en faveur de préservation et la restauration de nos cours d’eau.  

Question 5) Qu’envisagez-vous de faire pour favoriser le partenariat entre le monde associatif de la pêche et les collectivités territoriales qui ont de plus en plus de responsabilités dans le développement économique des territoires, la gestion des milieux aquatiques (décentralisation du domaine public fluvial et mise en place de la GEMAPI) ?

Ce sujet fait aussi partie de la concertation essentielle évoquée plus haut. Un partenariat exemplaire et durable doit s’instaurer entre votre fédération nationale, vos fédérations départementales et les collectivités territoriales. Votre expertise et votre savoir-faire sont indispensables pour les élus qui doivent conduire des politiques environnementales. Avec les Agences Régionales de la biodiversité et les schémas régionaux de cohérence écologique, c’est le bon état écologique de l’eau qui doit être l’une des priorités des régions. Vous avez un rôle clef à jouer et je ferai ce qu’il faut pour que vous soyez des partenaires reconnus et respectés dans ce domaine. C’est l’un des enjeux pour parvenir à rattraper notre retard et respecter la directive-cadre sur l’eau alors que moins d’un cours d’eau sur deux répond aux critères de ce texte européen. 

En tant qu’Européen convaincu, je ne veux pas d’une Europe tatillonne qui empêche les ruraux de vivre normalement. Mais concernant la gestion des milieux aquatiques, j’entends que nous soyons avant-gardistes et pas dans la situation caricaturale qui est le nôtre aujourd’hui avec des retards considérables dans tous les domaines d’application de cette directive.  

Question 6) Comme les autres mouvements associatifs, le réseau de la pêche de loisir est confronté à une véritable crise de l’engagement bénévole malgré ses 4000 associations locales. Que comptez-vous faire pour encourager la mise en place d’un véritable statut du bénévole associatif ?

Durant la campagne j’ai découvert l’incroyable potentiel associatif du monde de la pêche comme de celui de la chasse. Dans le monde rural, vous faites partie des associations les plus dynamiques avec des dizaines de milliers de bénévoles engagés au quotidien dans les actions nature, comme vigies et gestionnaires des cours d’eau, dans l’animation des territoires ou dans l’éducation à la nature. 

Votre passion vous conduit à être parmi les premiers militants de la défense de l’environnement, bien au-delà des rivières et des étangs. C’est pour cette raison que ce statut toujours annoncé et toujours reporté du bénévole associatif doit être mis en chantier absolument. Nos espaces ruraux comme nos quartiers ne peuvent être de vrais lieux de vie que si la dynamique associative est là, avec des bénévoles reconnus et toujours présents. Je m’y engage, car c’est la cohésion sociale de nos territoires qui est en jeu et c’est fondamental pour notre pays. 

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